Chronique d'une enfant du siecle

J’aime à me voir comme une enfant du siècle. Je représente et revendique tous ce que ce siècle a donné le pire comme le meilleur.
Je veux tout assumer! Les erreurs du passée, les mauvais choix, ce qui fait qu'aujourd'hui je suis moi.
Trop jeune pour fumer, trop jeune pour boire, trop jeune pour porter des portes jarretelles, trop jeune pour être blessé, trop jeune pour être blasé, trop jeune pour tout connaître de la vie.
Les années passent et les générations  sont de plus en plus médiocres. Je réinvente la fureur de vivre, ou  plutôt de mourir,
En mieux ?Je veux sentir, je veux ressentir. Je ne me sens plus vivante, l'ai-je été un jour? Je ne veux pas me perdre en apprentissage. Aussi vrai que la sagesse n’attend pas le nombre des années, l’expérience, elle, peut faire des concessions.
En mieux, j'aimerai être une empiriste. Je ne veux pas savoir comment c’est, je veux le sentir au plus profond de moi, dans ma chair, et je me fous des conséquences. J’ai moins d’un quart de siècle et pourtant je le représente, j’ai besoin de mes petites gouttes pour dormir la nuit. Je me sens libre et pourtant je suis la proie de mes idées noires. Je me fous de blesser les gens, et pourtant ce qu’ils peuvent penser de moi m’importe.  
L’extravagance ne choque plus, j’en suis sa digne représentation. Je me fais suivre par un analyste à qui j’aime rabâcher ma vie inventée. Ma vraie vie c’est avec vous que je la partage, en proie à des délires paranos , complètement psychotique, déjantée, schizo, pensez de moi ce que vous voulez, je ne suis que le reflet de vos enfants, vos copines, voir vous-mêmes…
Je suis la reine des mythomanes, j’arrive à me mentir à moi-même, à me dire que ses pas grave, à me dire que j'assume mes choix...J’évolue d’univers en univers, et essaye d’être ce que la sphère sociale du milieu veut que je sois. Qui suis-je en réalité? Une musulmane pratiquante, plus modérée quand il s’agit de sexe avant le mariage, une ado déjantée, une adulte  immature, la fille à son papa, la midinette aguicheuse, la réac, la cultivée, ou la complète abrutie qui ne sait même plus qui elle est, ce qu'elle veut...
Je ne respecte rien ni personne, je ne sais pas d’où je viens, encore moins où je vais. Cette décennie a vue tomber le concept de vie privée, je viens de vous inviter à voir mes tripes en exposition.
En mieux, j'évoluerai dans un monde où les révolutions n'ont pas de nationalité. En mieux, hors de chez moi , je serai moi même , ou ce moi en mieux, je n'aurai à représenter ni frères, ni père, ni religion, ni ethnie.
En mieux, je serai insouciante et sereine, en mieux, j'oublierai mes bagages transgénérationnelles dans une gare , ou un aéroport, et rien.. Il ne se passerait rien, je serai libre de tout recommencer , de me réinventer. Ce rêve est si fort , que sa simple évocation en est orgasmique.
Aujourd'hui désabusée, hier j'y ai cru. Ce rêve s'appelait Matthieu. Près de lui j'étais intelligente, dans ses yeux j'étais belle. Ma peau à côté de la sienne me rendait exotique , et même ce mot que je déteste temps, perdait sa connotation péjorative.
Tout à commencer sur les bancs de la fac, dans cet amphithéâtre j'étais anonyme. Il représentait tout ce à quoi j'aspirais. Je mourrais d'être avec lui, je voulais surtout me fondre en lui, devenir lui. Et si mon intégration passait par lui? Il m’obsédait au point que je ne voyais plus mon émancipation par l'érudition, mais grâce à lui. Il m'intégrerait dans son monde, on oublierait le mien, et grâce à lui j’apprendrai le bonheur, j'apprendrai l'amour. Il m'aime si bien, si fort, je me sens en vie.
Si à l'époque j'avais compris que ce qui lui plaisait en moi, c'était justement ce que j'essayais de gommer. Que ce qu'il appelait sa bouffée d'oxygène, était tout ce qui moi m’étouffait, peut-être aurai je pu être plus sereine. Peut être aurai-je pu être moi-même, et non pas cette image , que je voulais la meilleure possible.
Mathieu, ma douce obsession, mon ticket pour une autre vie. Du moins c'est ce que je croyais.
Moi qui méprisais ma mère, ma grand-mère et toute ces générations de femmes, qui n'ont su se libérer de l’oppression masculine, me sentais enfin quelqu'un auprès de lui.
Lui , qui a obtenu son concours, qui m'a promis que rien ne changerai, qu'on resterai en contact, que rien ne nous séparerai, surtout pas l'échec. Surtout pas le fait que le classement ait parler, que le classement l'ait placé une centaine de place loin devant mois. Des années lumières séparaient nos mondes, une centaine de place venait les éloigner un peu plus. J'ai immédiatement su que c'était fini. Que je ne serai plus rien. Plus rien pour lui, plus rien dans son monde.
J'ai tous perdu ce jour là, mon rêve d'enfant, mes illusions d'adulte. Seul mes gouttes me permettront de dormir, de trouver le repos.
Aujourd'hui je sais que la vie que j'imaginais mieux, n'était que celle que je méprisais, fardée , travestie, intégrée, et cela me convenait. En mieux , je serai la même , mes mauvais choix en moins.

Indiya Z.

présentation

Il fut un temps, j'aimais commencer la lecture des livres par la dernière page,afin de savoir si la fin mérite qu'on y arrive. Jusqu'au jour où je découvris "la malédiction" de Rachid Mimouni. Un véritable moment de grasse, comme on n'en vit qu'une fois, et je suis passée à côté!