Moi à l'âge adulte

Moi en mieux.
Moi en mieux se serait Marie Curie (en vie), le physique de Liv Tyler avec le charisme de Francis Underwood.
Exception faite que « Moi en mieux », ne se demanderait même pas ce à quoi ressemblerait « moi en mieux ». « Moi en mieux » éclaterait de rire face à la question et débiterait une réponse éloquente de qualité et non de quantité. Moi en mieux ne bégayerait pas, ne tituberait pas autour de la réponse à donner.
Le simple bruit des stilettos d'une dizaine de centimètres ferait voler en éclat les parois déjà fissurées de mon cocon d'insécurité.
Vous allez vous demandez, mais qu'est ce qu'elle raconte ? Encore une qui rêve d'être ce qu'elle n'est pas. Détrompez vous, je serai ce moi en mieux. Enfin dans quelques jours, quand « moi en mieux » pourra se relever après une chute dans les escaliers de Montmartre en se rejouant « eyes of the tiger ». «Moi en mieux » fera son apparition à mes côtés, littéralement corps et âme pour fêter mon entrée dans ma vingt cinquième année sur la planète Terre. Et cette fois ci, ce nouveau moi, répondra autrement à la question : Alors cette année, c'était comment ?
Tout à commencé, il y a près de vingt cinq ans le jour de ma naissance et de mon frère jumeau. Depuis ce jour, l'opération « amélioration de mon gosse » à commencé. Je suis sûre qu'en nous regardant, tous les deux, les gens se disent qu'il y eu manipulation génétique ou que la poche de liquide amniotique n'a nourrit qu'un seul gosse. Je ne peux pas les blâmer, sérieusement, je me pose des questions sur le sujet également. Sam est plutôt fairplay sur le sujet. Il est conscient d'avoir remporté la mise au loto génétique et s'en sentirait presque mal s'il n'était pas conscient à quel point être moi craignait. L'an dernier, je lui ai fait par de mon ras-le bol des réunions de famille où on me faisait sentir que je suis le vilain petit canard. Voilà ce qu'il m'a répondu :
« mais toi comment tu te sens ?
-Qu'est ce que tu veux dire ?
-Hé bien tu t'apprécies ou tu rêves d'être quelqu'un d'autre ?
Cher public à ce moment sachez que mon regard pouvait tuer. Comment osait il insinuer que les sous-entendus « pauvre de toi ta vie est un fiasco » m'atteignait ? Il savait pertinemment que ca me passait par dessus la tête.
« Bien sûr que je m'aime, j'ai passé le cap de l'ado en constant mal être merci ! Et je n'ai aucune raison de « rêver d'être quelqu'un d'autre » !
-Dans ce cas j'ai ta solution, me dit-il tout sourire.
-Je suis toute ouïe répondis-je dubitative.
-Il faut que tu sois toi, en mieux !
-C'est un nouveau concept marketing c'est ça ? « Mangez cinq fruits et légumes par jour pour être vous en mieux »?
-Soit juste toi en mieux et imagine juste le regard de maman devant le toi en mieux.
_Quoi ?
_Déception de ne pas être déçue. Bon je te laisse méditer.» 

Il était tout fier de sa phrase. Et c'est lui qu'il m'arrivait d'envier ? Sur ce, il fila (en me laissant le soin de payer bien sûr) reprendre sa vie palpitante en me laissant pantoise comme d'habitude. Note pour le future, lui laisser le soin de régler l'addition pour une fois. Après j'avais beau être plus âgée de vingt cinq minutes, il gagnait bien mieux sa vie.

Néanmoins, je posais la question autour de moi. Valérie me répondis « Carrie Bradshaw sans problème de mec », Louise « moi qui arrêterait d'aller au pôle emploi », Marie « Moi et tu y ajoutes six zéros supplémentaires dans le compte en banque et dix kg de moins sur la balance », Zoé ma petite cousine «  Marie Curie et je n'aurais même pas besoin de réviser pour ce fichue contrôle de physique », Papa « De Gaulle, le charisme incarné », . Donc si je résous l'équation en faisait de moi le « x », l'intervalle de solutions donne : cool attitude, boulot, argent , beauté, cerveau hors du commun et charisme. Ouais on était pas sortie de l'auberge. Je ne remplis aucune case pour tout vous dire.
Puis un jour, je suis tombée sur un article traitant de l'eugénisme. Imaginez que vous pouviez créer un super gosse. Une sorte de superman sans qu'il débarque de Krypton, comme dans le film Gattaca. C'est à ce moment que je me rendis compte à quel point qu'un grand nombre de personnes possède un cerveau montée à l'envers. Pour me changer les idées je pris un magazine de fille qui traînait sur la table basse, et je vis cette fille sublime au sourire forcé. Est ce que je voulais ressembler à ça ? Bien évidemment la réponse est positive. Néanmoins au XVIIIème mes bourrelets tremblotants feraient fureur. Ainsi je me serais trompée d'époque, tout était une question d'espace temps. Outre mon physique (pas forcément ingrat contrairement à ce que j'ai pu laissé croire) je trouvais que ma vie manquait sérieusement de vie. Rien ne faisait battre mon coeur. Une routine morose s'y était solidement ancrée malgré moi. J'avais laissé tomber mes rêves pour la sécurité d'un boulot (sous-payé) que j'appréciais sans qu'il soit ma passion. Tandis que je m'enfonçais dans la dépression, je compris le sens des paroles énigmatiques de Sam : « moi en mieux » serait moi en reprenant ma vie en main. Je débarquerait au dîner de fin d'année en débordant de confiance en moi et enfin oser être l'adulte que j'imaginais devenir. A vingt cinq ans il était grand temps pour moi d'embrasser l'âge adulte en jouant des coudes face au regard critique pour me hisser en haut des marches du podium.

Quelques jours plus tard, je fus fin prête pour le dîner familial de fin d'année : je portais une génialissime robe rouge fourreau et des talons de dix centimètres. Je ressemblais à Joan de Mad Men en brune. Arrivée à la table du restaurant, j'adressai un sourire radieux à l'assemblée familial, tandis qu'il saluait mon nouveau look, un peu trop voyant selon ma chère génitrice. Papa trouvait cela excellent. Bien entendu. C'était mon seul allié avec Sam. Le dessert fini, la phase deux s'enclenchait.
« J'ai une annonce à vous faire.
_ Ah bon ? Et qu'est-ce donc ma chère ? » Fit ma mère comme si mon annonce ne pouvait qu'être insignifiant face au projet de redécorer la maison de campagne.
-Dans cette enveloppe vous trouverez des places pour un spectacle qui se déroule ce soir au théâtre juste au dessus du restaurant.
-Un spectacle ? Quel genre ? » Demanda Sam. Je me demandais s'il était vraiment intelligent ou s'il ne me connaissait pas du tout.
« Hé bien de mon genre, je joue ».
A ce moment j'entendis simultanément : « Tu joues ? Et qu'est ce que tu joues exactement ? Si c'est encore des contes pour enfants chantés sur de la guitare, je ne viens pas » de la part de ma mère. « Compte sur moi » de la part mon père.
Alors premièrement, la guitare c'était pour ma classe de CP. Deuxièmement, je joues dans une adaptation de « docteur Jekyll et mister Hyde » en anglais et je danse et je chante. Mais si tu ne veux pas venir, ne te force pas à trouver d'excuse. En réalité l'invitation concerne Sam, papa et tata Julie.
-Dis que ma présence n'est pas souhaitée ça ira plus vite dit elle en fronçant les sourcils.
-Fais ce que tu veux, ce n'est plus mon problème. Je commence dans dix minutes. J'espère vous y voir tous.

Deux heures plus tard on s'était on était attablé dans un bar, avec les larmes aux yeux à force de rire. Maman était venue, forcée par Papa et Sam. Bien sûr, elle n'était pas venue au bar et était rentrer avec tante Julie. Du coup, je ne l'avais pas vue.
« Maman m'a demandé de te dire félicitations de sa part me dit Sam
Dis lui de me le dire elle même. N'empêche ça faisait vraiment du bien de voir son expression déconfite à la fin !
Et oui, elle était totalement choquée que tu ai osé ! Elle ne te le dira pas elle-même mais elle contente pour toi. Elle voulait autre chose pour toi.
-Elle souhaite aussi que je pèse quinze kilogrammes de moins et que j'ai des enfants.
-Non, elle trouve que tu ferais une mère trop libérale, dit il en riant. Tu es trop sévère avec elle. Même si elle ne le dit pas elle t'aime. Je lui avais expliqué ton projet d'être « toi en mieux ». Elle s'attendait à autre chose ce soir, moi aussi d'ailleurs. Mais je suis content pour toi si tu l'es. »
Il me faisait un sourire béat. Il s'attribuait la victoire comme d'habitude. Bah, moi en mieux décidait d'être bonne joueuse et lui accordait d'avoir appuyer sur le bouton auto-apitoiement. J'en avais eu besoin pour trouver cette version améliorée de moi-même en brisant les codes entendus depuis toujours autour moi me disant ce que je devais faire et être.

Kahina B.

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étudiante